Qui fixe le prix du kWh de recharge en Martinique ?!!

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Qui fixe le prix du kWh de recharge en Martinique ?!!

RETROUVEZ L’ÉMISSION PARECHOC DE SAMEDI 19 SEPTEMBRE SUR RCI ICI avec le SMEM EZ DRIVE et l'AVERE sur ce sujet !!!

Le litre de gazole est plafonné chaque mois par arrêté préfectoral. Le kWh que vous payez à la borne au bord de la route, lui, n’est encadré par personne. Enquête sur une zone grise qui coûte cher à l’automobiliste.

Par Jean-Marc Wollscheid · GTMAG.fr

La question revient à chaque émission, à chaque salon, à chaque essai de véhicule électrique : « Mais qui décide du prix de la recharge ? » Elle paraît simple. Elle ne l’est pas. Parce qu’en Martinique, selon que vous branchez votre voiture dans votre garage à Schœlcher ou sur une borne du parking d’un centre commercial, ce ne sont ni les mêmes acteurs, ni les mêmes règles — ni, surtout, le même niveau de protection pour votre portefeuille.

1. À la maison : un prix décidé à Paris

Chez vous, le prix du kWh est celui du tarif réglementé de vente (TRV), fixé par les pouvoirs publics sur proposition de la Commission de régulation de l’énergie. Aucune marge de manœuvre locale : ce tarif s’applique à l’identique sur tout le territoire national grâce à la péréquation tarifaire, inscrite à l’article L.121-5 du code de l’énergie, qui fait de la fourniture d’électricité au même prix partout une mission de service public.

Ce n’est pas un détail, c’est une protection majeure. Produire de l’électricité dans une zone non interconnectée comme la nôtre coûte réellement environ deux fois plus cher que sur le réseau continental : nous ne sommes reliés à aucun voisin, tout se produit sur place. Sans péréquation, le kWh martiniquais serait hors de prix. L’écart est couvert par la solidarité nationale, via les charges de service public de l’électricité.

La contrepartie, c’est l’absence totale de choix. En ZNI, EDF assure à la fois la production, la distribution et la commercialisation : sur ce territoire, il n’existe ni offres de marché ni fournisseur concurrent. Vous ne pouvez ni négocier, ni changer de fournisseur, ni arbitrer entre des offres. Vous payez le tarif décidé à Paris : 0,2001 €/kWh en option Base depuis le 1er août 2026, 0,1589 € en heures creuses. Point.

2. Sur borne publique : trois étages, aucun régulateur

Dès que vous sortez de chez vous, le cadre change radicalement. Aucune autorité ne fixe le prix de la recharge publique : c’est la liberté tarifaire qui s’applique. Et le tarif affiché à l’écran se construit en réalité sur trois étages.

L’aménageur, propriétaire de l’infrastructure. Sur le domaine public, c’est la collectivité ou le syndicat d’énergie compétent — le SMEM chez nous : la grille est alors arrêtée par délibération, ou encadrée par le contrat qui lie la collectivité à son exploitant. Sur un site privé — centre commercial, concession, hôtel, station-service — c’est le propriétaire du lieu, avec son opérateur.

L’opérateur d’infrastructure, qui exploite les bornes, les supervise et facture la session. C’est le rôle d’EZdrive en Martinique, avec une tarification à la minute additionnée au kWh, sans abonnement obligatoire, affichée dans l’application avant le démarrage.

L’opérateur de mobilité, celui dont vous utilisez le badge ou l’application, qui applique sa propre marge par-dessus. C’est l’étage le plus opaque — et le plus coûteux.

Ce troisième étage explique des écarts que l’automobiliste ne comprend pas. Un relevé mené en avril 2026 par Que Choisir Ensemble sur 121 points de recharge a montré que le tarif d’une même borne varie fortement selon l’application ou la carte utilisée. L’association cite le cas d’une borne de Haute-Marne où le prix allait de 0,30 à 1,78 €/kWh selon le moyen de paiement, soit près de 500 % d’écart pour une recharge identique. Même borne, même électricité, même véhicule : cinq fois le prix.

3. Ce que l’Europe impose… et ce qu’elle n’impose pas

Le seul garde-fou s’appelle AFIR, le règlement européen sur le déploiement des infrastructures pour carburants alternatifs. Il impose désormais des prix raisonnables, transparents et non discriminatoires, l’affichage du tarif au kWh avant le lancement de la session, ainsi que le paiement par carte bancaire sans contact sur les bornes de forte puissance.

C’est une avancée réelle. Mais il faut bien mesurer sa limite : AFIR oblige à la transparence, pas à la modération. Il n’existe aucun plafond, aucune formule de calcul opposable, aucun contrôle a priori. L’opérateur reste libre de son prix, la seule vraie contrainte de droit commun étant l’interdiction de vendre à perte.

Trois énergies, trois régimes


 
CarburantsÉlectricité domicileRecharge publique
Autorité qui décidePréfet, par arrêté mensuelL’État, sur proposition de la CREPersonne : liberté tarifaire
Plafond opposableOui, prix maximum au litreOui, tarif réglementé uniqueNon
TransparencePrix affiché en stationGrille publiqueAffichage avant session (AFIR), pas de grille consultable
Concurrence possibleMarges encadréesAucune : fournisseur uniqueSelon le badge ou l’application

Deux poids, deux mesures

Voilà le paradoxe martiniquais résumé en trois lignes : l’État plafonne chaque mois le litre de gazole et de sans plomb pour protéger le consommateur ; il fixe et péréque le kWh domestique pour la même raison ; mais il laisse le kWh de la borne publique — celui que paieront demain des milliers d’automobilistes sans garage, en logement collectif, dépendants du réseau public — entièrement à la main des opérateurs. Plus l’électrification avancera, moins cette asymétrie sera tenable.

4. En Martinique, la question reste posée

Reste l’essentiel, que personne ne peut vérifier en ligne aujourd’hui : combien coûte réellement le kWh sur une borne publique martiniquaise ? Aucune grille locale n’est publiée. On ignore la répartition exacte entre la part facturée à la minute et la part facturée au kWh, la différence entre charge lente et charge rapide, et le rôle respectif de la collectivité et de l’opérateur dans la fixation de ce tarif.

Ces questions, nous les poserons en direct samedi 19 septembre, de 12h à 13h sur RCI et sur GTMAG.fr, dans un PARECHOC entièrement consacré aux IRVE, à Johan Villeronce (SMEM), Frantz Ebadère (EZdrive) et Luca Nieddu (AVERE Martinique). Parce qu’une transition énergétique réussie suppose d’abord une chose simple : que l’automobiliste sache ce qu’il paie.

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Un article GTMAG.fr · par Jean-Marc Wollscheid

Martinique · Guadeloupe · Guyane · La Réunion · Îles du Nord

Sources : code de l’énergie (article L.121-5, péréquation tarifaire) ; CRE et EDF (Tarif Bleu au 1er août 2026) ; EDF SEI (organisation du système électrique en zone non interconnectée) ; règlement européen 2023/1804 dit AFIR ; enquête Que Choisir Ensemble sur 121 points de recharge, avril 2026 ; EZdrive (modalités de tarification du réseau public).

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